BASSAI : UN SANCTUAIRE DE FRONTIÈRES ET DE PAIX ?

EPISTULA SOCIETATIS ANATOLICAE (ESA) 1

Olivier CASABONNE, Secrétaire général de la Societas Anatolica

10/5/202616 min read

Pour Frédo, Hermès-Arma, le Passeur,

« Ils ne questionnent pas le temps prisonnier

dans les chapelles silencieuses

Ni les mains qui se tendent pour réclamer, ni les chemins.

J'ai maintenu ma vie, en chuchotant dans l'infini silence. »

(Extrait de Georges Séféris, Épiphania 1937, trad. Lacarrière 1963)

ill. 1

Le temple de Bassai vu du Nord-Ouest

(d'après Bon 1934, 52)

            En septembre 1986, je découvrais la Grèce et le site de Bassai. Il était approximativement dans le même état que ci-dessus (ill. 1), avec quelques échafaudages toutefois, semblant isolé dans cette nature sauvage escarpée, entre monts et ravins (grec ancien : Chantraine 1968, 174, s.v. βῆσσα, « gorge, val » ; moderne bassés, « ravins, gorges »). Mon précieux guide (Lévêque 1979, 244-245) me mettait l'eau à la bouche sur ce mystérieux temple dédié à « Apollon Épicourios (secourable)… représenté en guerrier » et construit par « Ictinos, l'architecte du Parthénon » à la demande des habitants de la proche cité de « Phigalie » voulant « remercier le dieu de les avoir protégés de la peste qui ravageait la péninsule » du Péloponnèse en 420 avant J.-C. Je faisais fi du fait qu'il était à englober dans « un ensemble religieux important ». Après en avoir fait le tour, je m'asseyais, avec mon ami et compagnon de voyage, et, tout en grignotant et buvant du retsina et de l'eau car il faisait chaud cet après-midi (quelle idée aussi de marcher sur d'apparents interminables kilomètres pentus après s'être gavés chez l'habitant de poivrons farcis et d'ouzo au magnifique village d'Andritséna !), je me demandais, en admirant les lieux : « Mais qu'est-ce que foutent là ce temple et ce dieu ? ». Que voulez-vous ? À pas tout à fait 19 ans et un peu ivre non d'alcool mais devant tant de beauté et quelque peu ignorant, on peut se poser ce genre de question brutale. J'étais étonné aussi, après avoir vu le Parthénon, par l'impression d'étroitesse que me donnait l'intérieur du naos. D'ailleurs, récemment, mon Ami Didier Laroche m'a fait part de cette même impression qu'il a pu ressentir.

                    En 1988, alors que je fouillais à Argos, une fois encore, et toujours avec le même enthousiasme – et ce n'était pas terminé –, sous la direction de Pierre Aupert, je tombais sur le merveilleux ouvrage de Madeleine Jost dans lequel était évoqué Bassai et un Apollon non plus seulement Épikourios, mais également Bassitas (Jost 1985, 486-488). Dès lors, Bassai restait, reste et restera dans mon esprit, accumulant les sources, études et prises de notes, ne cessant de retourner sur les lieux (ill. 2) à chaque occasion, par souci d'imprégnation et de ressenti, même quand le temple fut et est toujours protégé, notamment par un chapiteau. Il est temps, quarante ans après ma découverte de Bassai, d'évoquer cet espace sacré en inaugurant les Epistulae Societatis Anatolicae (ESA), en rappelant mes connexions entre la Grèce et l'Anatolie (déjà e.g. Casabonne 2014 et 2023), et non sans remercier Sophie Montel, Didier Laroche et Éric Raimond pour leur relecture attentive.

ill. 2

Localisation de Bassai (encadré).

Fond de carte (en allemand) : ©Wikipedia, s.v. Alphée (fleuve).

Altitude : 1 130 m.

Situation : à l'extrémité septentrionale de l'actuelle Préfecture de Messénie, sur une terrasse ouest du mont Kotylion qui domine la vallée de l'Alphée ; à 8 km au Nord-Ouest de l'ancienne cité de Phigalie et 7 km au Sud du village d'Andritséna (limite méridionale de la Préfecture d'Élide). Sur une bonne partie de son cours, le fleuve Alphée sert de frontière entre les Préfectures d'Élide et d'Arcadie.

Au IIe siècle après J.-C., dans sa Périégèse de la Grèce, au livre VIII, consacré à l'Arcadie, Pausanias livre une présentation des lieux (VIII.41.7-8) :

(7) « Phigalie est entourée de montagnes : à gauche est celle que l'on appelle Kotilion ; à droite se trouve une autre montagne, l'Élaion. Le Kotilion est distant de la ville (polis) d'environ quarante stades [aux alentours de 8 km] ; là sont le lieu (chôrion) appelé Bassai et le temple d'Apollon Épikourios. Le temple est tout de pierre, ainsi que son toit.

(8) De tous les temples qu'ont les Péloponnésiens, après du moins celui de Tégée, celui-ci paraît le premier pour la beauté de sa pierre et en raison de son harmonie. Quant à l'épiclèse, Apollon l'a reçue pour avoir porté secours lors d'une maladie épidémique (nosos loimôdès), tout comme chez les Athéniens il fut surnommé Alexikakos pour avoir détourné d'eux le mal.

(9) Il sauva également les Phigaliens à cette même et non autre occasion de la guerre des Péloponnésiens et des Athéniens. Deux preuves l'attestent : d'une part, la quasi similitude de l'épiclèse d'Apollon ; et d'autre part, Iktinos, l'architecte du temple de Phigalie, ayant été le contemporain de Périklès et construit pour les Athéniens ce que l'on appelle le Parthénon. Mon récit a déjà montré précédemment que la statue de bronze d'Apollon se trouve sur la place publique (agora) des Mégalopolitains » (traduction personnelle, comme ci-dessous, d'après les textes grecs établis, commentés et édités chez Teubner 1977 et Les Belles Lettres 1998. J'ai, bien entendu, tenu compte des savantes traductions faites dans ces éditions).

En effet, Pausanias précise bien, avant dans sa Périègèse (VIII.30,3-4), que sur l'agora de Mégalopolis, « (3) devant le frontispice du temple [de Zeus], se trouve une remarquable statue en bronze d'Apollon, haute de douze pieds [soit environ plus de 3,5 m], qui fut apportée comme contribution (suntéléia) des Phigaliens à l'ornement (kosmos) de la Grande cité (Mégalè polis). (4) Le lieu, où la statue fut anciennement érigée par les Phigaliens, se nomme Bassai. L'épiclèse du dieu l'a suivi, mais la raison pour laquelle il a été appelé Épikourios sera expliquée dans mon récit sur Phigalie. » Voilà donc tout le si peu de ce que l'on peut savoir de Bassai et de son dieu dans la littérature antique. Mais tout ce si peu a attiré l'attention de nombreux voyageurs et savants qui se posèrent bien des questions, formulèrent des hypothèses, entreprirent des recherches sur le terrain qui, elles-mêmes, aboutirent à bien de conjectures. Comment la petite cité de Phigalie put se payer le réputé, et donc onéreux, architecte Iktinos, et ce, en pleine Guerre du Péloponnèse (dernier tiers du Ve siècle avant J.-C.) ? L'épidémie qui frappa Athènes à cette époque ne s'étendit guère au Péloponnèse (Thucydide II.54.5). Dès lors Pausanias est-il crédible ?

« Comment peut-on encore écrire sur le temple de Bassae sans risque d'être prisonnier des répétitions et des hypothèses invérifiables ? » (Martin 1976, 427). R. Martin avait parfaitement raison à son époque, juste avant, paradoxalement, de se lancer dans des remarques et hypothèses stimulantes. Depuis, bien des études sont parues et nous laissent, sans nous interdire, la voie à des révisions et réinterprétations sur tant la nature du dieu que la fonction de ses temple et sanctuaire à Bassai, en les remettant dans leurs contextes géographique et chronologique, une façon moins brutale et innocente de me reposer la primordiale question de 1986 (supra). Outre celle de M. Jost susmentionnée, je mentionne d'ores et déjà, sans prétendre à aucune exhaustivité, les volumes Bassitas I à IV et Kelly 1995. Pour une synthèse des recherches : Schwarz-Nielsen 1997 (études archéologiques depuis le XIXe siècle) et Jost 2018, 115-117 (bref bilan depuis Jost 1985). Sur la restauration et protection du temple, inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO, en 1986 : Soulard 2013.

Le dieu

L'épiclèse grecque ἐπικούριος (épikourios) est dérivée du substantif et adjectif ἐπίκουρος (épikouros), « mot complètement isolé en grec » d'un point de vue étymologique mais ayant le sens général de « secourable, protecteur, auxiliaire » avec une claire connotation militaire initiale (Chantraine 1970, 359, s.v. Ἐπίκουρος). Partant, on a rapproché cette épiclèse des armes miniatures votives, consacrées au dieu et retrouvées sur les lieux pour faire de cet Apollon un dieu guerrier, voire des mercenaires, vieille hypothèse reprise donc par Lévêque (supra) et Cooper (Bassitas I), et ce malgré l'une des explications donnée par Pausanias. Pour ce dernier, donc, les habitants de Phigalie aurait appelé de la sorte le dieu parce qu'il les aurait épargnés d'une épidémie durant la Guerre du Péloponnèse opposant Athènes et Sparte et leurs alliés. Jost (1973, 260) a bien montré, d'après une expression du texte du périégète (VIII.41.9 : « et non autre occasion »), que ce dernier n'a pas « voulu retenir » une autre version d'explication de l'épiclèse révélant l'ancienneté du culte. Insistant sur cette dernière, Jost (1985, 486-488) a également montré que : (1) Apollon était également connu à Bassai avec l'épiclèse Bassitas ; (2) contra Cooper (Bassitas I), Bassitas et Épikourios n'indiquent pas nécessairement deux aspects du dieu ou des dieux différents, le premier ne complétant localement que le second, le tout donnant donc un « Apollon protecteur à Bassai » selon moi ; (3) le culte d'Apollon Épikourios-Bassitas remonterait aux terribles Guerres de Messénie qui ont impacté l'Arcadie. À l'instar de Moretti (1997, 324), je suis totalement Madeleine Jost tant il est vrai que ces Guerres de Messénie sont restées longtemps un bien sinistre souvenir pour les habitants de la région. Pausanias (IV.31,4-33,2), d'ailleurs, se mue, à Messène, en historien engagé à leur côté en tenant un « véritable discours anti-spartiate, sous-tendu par des considérations religieuses » (Vincent 2010, 541, et déjà Auberger 1992). Il peut alors ici paraître surprenant de ne pas constater que le descripteur de la Grèce n'en fasse pas de même à Bassai, si tant est qu'il ait bien visité les lieux et non pas récolté quelques informations sommaires à Phigalie. C'est bien ici la non-méthode rigoureuse de Pausanias, à la fois, selon ses envies, archéologue, mythographe, historien, historien de l'art, colporteur de certains on-dits (ceci semble le cas ici), parfois même géographe et humoriste, amateur de calembours, qui met dans l'embarras bien des modernes (e.g. Bingen [dir.] 1996 ; Borlogne et alii 2010 ; Gengler 2020 ; Guilmet 2002 ; Pirenne-Delforge 1998, 2004, 2008 ; Pirenne-Delforge et Purnelle 1997 ; Veyne 1983, 105-112). Nonobstant, rien ne prouve le caractère purement martial d'Apollon à Bassai.

Le temple et le sanctuaire

              Les recherches archéologiques à Bassai semblent donner raison à Jost quant à l'ancienneté de la sacralité des lieux. On y bâtit trois (ou quatre) temples, tous dédiés probablement à Apollon et de même orientation Nord-Sud.

– Au Sud du temple visible actuel sous chapiteau, un premier petit (5,60 x 6,50 m) édifice religieux datant, d'après des terres cuites architecturales, de la fin du VIIe siècle avant J.-C., avec seulement plausiblement pronaos et naos.

– Sous le temple classique actuel fut construit un temple dit « archaïque » avec pronaos, naos, adyton ouvert à l'Est et opisthodome. Pour Cooper (Bassitas I), il y aurait deux temples successifs : l'un, sans péristyle, du deuxième quart du VIe siècle, suivi d'un autre, avec péristyle de ca. 500-475. Pour Kelly (1995, contestant une étude préliminaire de Cooper que celui-ci maintient par la suite), il s'agirait d'un même soubassement, le temple « archaïque » ayant connu des réfections et modifications fin VIe-début Ve.

– Enfin, vers 430-400 (et, peut-être, début IVe), Iktinos bâtit le temple classique, tout de pierre, y compris la toiture, avec ses trois ordres architecturaux (dorique, ionique et corinthien), que les voyageurs, explorateurs et savants ont visité et étudié jusqu'à aujourd'hui (ill. 3-4). L'orientation Nord-Sud des temples, contraire à la tradition voulant une ouverture à l'Ouest et une direction vers l'Est (soleil levant) où siège la divinité, pose problème. Un prolongement artificiel de la terrasse aurait suffit à l'édification des temples archaïque(s) et classique. Une gratuite hypothèse potentielle voulant qu'on aurait respecté le relief naturel pour aider à une bonne résistance aux fréquents séismes soulignée par Cooper (Bassitas I, 120-129), ne tient pas. Le petit temple du VIIe siècle aurait eu la place pour une orientation Ouest-Est. Les temples ont donc été volontairement ouverts à l'Élide où sied le sanctuaire panhellénique d'Olympie, regardant vers le Sud messéno-laconien, parallèle au cours du fleuve Alphée. Celui-ci traverse Olympie en aval. C'est dans son embouchure qu'un tsunami se serait engouffré vers le milieu du VIe siècle après J.-C., détruisant le glorieux sanctuaire (Vött et alii 2011).

ill. 3

Plan du temple de Bassai – ca. 430-début IVe siècle avant J.-C.

De droite à gauche, entourés d'un péristyle dorique : pronaos, naos, adyton séparé et ouvert à l'Est, opisthodome.

(Martin 1976, 429)

L'orientation des temples et la position du sanctuaire ne sont pas anodines. Martin (1976, 428) a bien rappelé les hypothèses et les relations entre des cultes d'Apollon et le Nord. On pourrait même se risquer à évoquer les réguliers séjours du dieu chez les mystérieux Hyperboréens. Nonobstant, je ne suis pas totalement Martin (ibid.) lorsqu'il pense que « la petite porte ouverte dans le mur de la cella (naos) de l'Est, sur l'axe de l'adyton (…) a son propre rôle et ne répond pas à une solution de substitution » qui rattraperait la tradition. Je crois que l'adyton, dont la porte n'est justement pas ouverte dans le mur du naos, a un rôle primordial. Il est d'ailleurs intéressant de constater que Hollinshead (1999, 195) et Hébert (2004, 6) ne prennent pas en compte, dans leurs études, le(s) temple(s) de Bassai car l'adyton n'est pas en relation directe avec le naos comme c'est de tradition. Voici une autre forte originalité de Bassai. Hollinshead et Hébert signalent toutefois par ailleurs la présence de la statue divine dans des adyta. Pour Roux (1961, 53-55, repris dans 1984, 165), il y avait un autel dans l'adyton de Bassai. Et pourquoi pas aussi une statue ? Celle qu'a vue Pausanias sur l'agora de Mégalopolis ? Ou bien le plausible xoanon (statue en bois) sauvegardé des temples des VIIe et/ou VIe siècle(s) ? Comme le pensent Cooper (Bassitas I) et Moretti (1997), il est probable que la statue mentionnée par Pausanias était, à Bassai avant qu'elle ne s'y en aille, une offrande à l'extérieur de l'édifice. J'imagine d'ailleurs mal une statue, aussi divine soit-elle, obstruer la vue sur la colonne corinthienne, véritable hapax architectural en son temps. De plus l'imposante statue décrite par le périégète aurait bien mal sa place dans un adyton aux dimensions restreintes, contrairement à un vieux xoanon, éclairé par le soleil levant.

              Pausanias mentionne peu de statues de bois dans son œuvre, préférant décrire telle ou telle agalma, statue de pierre, bronze ou chryséléphantine (d'or et d'ivoire). Une mention retient particulièrement mon attention, me permettant d'ouvrir ici une parenthèse sur la décoration du temple classique de Bassai. En Laconie, sur le territoire de Pirrhichos, Pausanias (III.25.2-3) raconte la (légende de) fondation par les Amazones de deux temples avec leurs respectifs xoana : l'un dédié à Artémis Astratéia, l'autre à... Apollon Amazonios ! Le Roy (1961, 230) a bien mis en lumière les rapports avec l'Asie Mineure, l'Artémis Éphésia et la danse sacrée des Courètes dont un serait, d'après Pausanias, à l'origine du nom de la cité laconienne.

Outre de métopes (Daux 1959 ; Bassitas II), le temple classique de Bassai est décoré de frises représentant une centauromachie et deux amazonomachies, l'une assurément héracléenne, l'autre troyenne d'après Madigan et Cooper (Bassitas II). En se rappelant les hypothèses relatives à l'origine micrasiatique d'Apollon ou, pour le moins, que le dieu est chez lui en Anatolie, et entre autres à Troie qu'il protège et où il est honoré (Brown 2004 ; Korfmann 1998 ; Raimond 2020 et 2026), j'émets bien des réserves quant au caractère troyen de l'amazonomachie dans le temple d'Apollon à Bassai, et d'y voir même Achille tuant Penthésilée la reine des Amazones, alliées des Troyens, comme le proposent Madigan et Cooper. Il n'aurait pas été judicieux de figurer des Amazonnes pro-troyennes mourantes dans un lieu dédié à Apollon dont il passe comme protecteur, avec sa jumelle Artémis. Selon moi, les Amazones ne sont que la représentation imagée de la menace orientale perse achéménide, teintée de machisme hellénique. Les frises condamnent et expient le désordre, les armes votives exhortent à la paix.

               Après tout ce qui vient d'être rappelé et proposé, il me paraît évident de suivre M. Jost dans ses hypothèses, voire d'extrapoler celles-ci, en sachant qu'il est toujours dangereux d'échafauder des hypothèses sur des hypothèses pour ne pas sombrer dans des sables mouvants mais en mettant en valeur la recevabilité, la plausibilité, des faits. Une approche naturaliste verrait en Apollon Épikourios et Bassitas, car rien n'indique qu'il faille distinguer deux dieux, un protecteur des ravins, stricto sensu, une sorte d'orophylaque divin, gardien des monts. Mais la chronologie des temples, la décoration du classique, leur orientation, les armes votives, la situation de Bassai comme certains caractères même d'Apollon permettent une appréciation géopolitique. Apollon est un dieu défricheur et agraire, fondateur et ordonnateur (Détienne 2009). Sa complexité n'a d'égale que celle du lieu-dit Bassai, sur les flancs du mont Kotilion surplombant l'Alphée, aux confins et au carrefour de la Messénie, de l'Arcadie et de l'Élide. La chronologie des temples suit celle des trois guerres messéniennes, revue raisonnablement à la baisse pour les deux premières par rapport à celle donnée par Pausanias, messénophile extrémiste, qui faisait remonter la première au troisième quart du VIIIe siècle. Bien entendu, les temples ont pu être rebâtis après incendies ou tremblements de terre, mais les coïncidences étonnent.

– Première guerre messénienne : vers 730-710 (Coldstream 2005 [2003]², 154 et 221) ou première moitié du VIIe, peut-être vers 690-670 (Parker 1991). À sa suite, on construit un premier petit temple.

– Seconde guerre messénienne : vers 610-600 (Parker 1991) ; le(s) temple(s) archaïque(s).

– Troisième guerre messénienne : vers 430-400 ; temple classique.

C'est aux Ravins qu'Apollon est Protecteur en faisant baisser les armes, (r)établissant l'ordre et la paix dans les campagnes montagneuses aux abrupts vaux verdoyants dont il délimite les contours, à la croisée des chemins. Pausanias ne s'y est probablement pas rendu tant sa description est bien trop lacunaire quant à l'ancienneté et l'originalité des lieux. On a, en effet, très largement sous-estimé le rôle de la géographie et de la topographie dans la compréhension des monuments.

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ill. 4

Intérieur du Naos

Dix colonnes ioniques engagées dans les murs et, au fond, la colonne corinthienne isolée.

(Martin 1976, 431)

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